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Guide pratique · Lecture 6 min

Demander une rupture conventionnelle à son employeur : procédure et négociation

Comment formuler une demande de rupture conventionnelle ? Article L1237-11, négociation, indemnité minimale, homologation DREETS, droit au chômage.

Rupture conventionnelle : à quoi s'attendre

La rupture conventionnelle est un mode de rupture amiable du contrat de travail à durée indéterminée. Elle a été créée par la loi du 25 juin 2008 et codifiée aux articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail. Elle suppose le consentement libre et éclairé des deux parties — salarié et employeur — sur le principe même de la rupture et sur ses conditions financières.

Pourquoi elle plaît au salarié : elle ouvre droit à l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle (au moins équivalente à l'indemnité légale de licenciement) et au chômage, ce qui en fait une alternative très favorable à la démission.

Pourquoi elle plaît parfois à l'employeur : elle sécurise juridiquement la rupture, en évitant les contentieux d'un licenciement (cause réelle et sérieuse, procédure, indemnités majorées en cas d'absence de motif). Pour un salarié qui veut partir, elle évite à l'employeur le risque d'une démission donnée sous le coup de l'émotion et requalifiée ensuite en licenciement.

Ce qu'elle n'est pas : un licenciement à l'amiable. La rupture conventionnelle est un acte juridique distinct, soumis à un formalisme strict, à une homologation administrative, et à un délai de rétractation. Une simple "lettre de licenciement amiable" signée à deux n'a pas la même valeur juridique et peut être requalifiée — soit en démission, soit en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Public concerné : tous les salariés en CDI, y compris en période d'essai (sauf accord contraire), y compris les salariés protégés (avec autorisation de l'inspection du travail). Les CDD ne peuvent pas faire l'objet d'une rupture conventionnelle classique mais d'une rupture conventionnelle d'un commun accord (régime distinct, article L1243-1).

Le cadre juridique : ce qui est négociable et ce qui ne l'est pas

Ce qui est imposé par la loi et non négociable :

  • Le caractère écrit et formel de la convention (article L1237-11)
  • L'entretien préalable obligatoire entre les parties (L1237-12)
  • Le délai de rétractation de 15 jours calendaires (L1237-13)
  • L'homologation par la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) ou son refus dans les 15 jours ouvrables (L1237-14)
  • Le montant minimum de l'indemnité spécifique : au moins égal à l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement (L1237-13)

Ce qui est négociable entre les parties :

  • Le montant exact de l'indemnité (souvent au-delà du minimum légal, surtout pour des ruptures d'initiative employeur)
  • La date de fin du contrat de travail (dans la limite imposée par l'homologation)
  • L'éventuelle dispense d'exécution du préavis, et son éventuelle compensation financière
  • La levée ou non d'une éventuelle clause de non-concurrence (et son indemnisation)
  • Le traitement des éléments accessoires : matériel professionnel, droits acquis (CET, RTT non pris), formation engagée, intéressement et participation au prorata

L'employeur n'a aucune obligation de proposer plus que le minimum légal. Mais s'il a un intérêt à voir partir le salarié — par exemple si la procédure de licenciement est complexe ou risquée juridiquement — la négociation peut conduire à une indemnité bien supérieure. Le rapport de force dépend de la situation : ancienneté, qualité du dossier salarié, climat dans l'entreprise, urgence pour l'employeur.

Comment formuler la demande à son employeur

La demande peut être verbale ou écrite. Une demande écrite, par lettre remise en main propre contre décharge ou par recommandé AR, a deux avantages : elle laisse une trace, et elle formalise le démarrage de la procédure dès la date d'envoi.

Structure recommandée de la lettre :

  • Identification : nom, fonction, ancienneté
  • Phrase d'introduction expliquant la démarche (sans formule maladroite type "je veux partir" — préférer "je souhaite engager avec vous une discussion en vue d'une rupture conventionnelle")
  • Brève motivation, sans agressivité : changement professionnel, projet personnel, évolution de carrière. Évitez les griefs envers l'entreprise : ils créent un climat défavorable à la négociation.
  • Proposition concrète : date d'effet souhaitée, conditions financières envisagées
  • Demande d'un entretien dans un délai raisonnable (15 jours)
  • Formule de politesse

Ce qu'il ne faut pas faire :

  • Annoncer un départ ferme en cas de refus — cela transforme la lettre en démission déguisée
  • Mentionner un nouvel emploi obtenu — cela affaiblit la position de négociation et peut faire requalifier la rupture si la chronologie est défavorable
  • Énumérer des reproches à l'encontre de l'employeur — réserver ces éléments à une éventuelle prise d'acte si la négociation échoue

Si l'employeur est ouvert à la discussion, un ou plusieurs entretiens informels précèdent l'entretien officiel prévu par L1237-12. Lors de ces échanges, le salarié peut se faire assister par un membre du personnel de son choix, et l'employeur par toute personne de son choix dans l'entreprise (si l'effectif le permet).

Après l'accord : entretien, signature, homologation

Une fois le principe et les conditions arrêtés, la procédure formelle se déroule en plusieurs étapes encadrées par les articles L1237-12 à L1237-14.

1. Entretien préalable obligatoire (L1237-12). Au moins un entretien doit avoir lieu entre les parties pour discuter des modalités. Le salarié peut s'y faire assister par un salarié de l'entreprise ou, en l'absence d'IRP, par un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale. L'employeur ne peut s'y faire assister que si le salarié l'est lui-même. Aucun procès-verbal n'est obligatoire, mais il est conseillé d'en rédiger un signé par les deux parties.

2. Signature de la convention. La convention doit être rédigée sur le formulaire CERFA n° 14598*01 (ou télédéclarée sur le portail TéléRC). Elle précise : identité des parties, date envisagée de rupture, montant de l'indemnité spécifique, modalités d'exécution éventuelle du préavis.

3. Délai de rétractation (L1237-13). Chacune des deux parties dispose d'un délai de 15 jours calendaires à compter de la signature pour se rétracter, par lettre recommandée AR. Ni l'employeur ni le salarié n'ont à justifier d'un motif. Pendant ce délai, le contrat de travail continue normalement.

4. Homologation par la DREETS (L1237-14). À l'issue du délai de rétractation, la convention est transmise à la DREETS (ex-DIRECCTE) qui dispose de 15 jours ouvrables pour l'homologuer. Le silence vaut homologation tacite. L'administration vérifie le respect du formalisme et l'absence d'indices d'un consentement vicié. Elle peut refuser, notamment si l'indemnité est inférieure au minimum légal ou si le délai de rétractation n'a pas été respecté.

5. Rupture effective. Le contrat prend fin au plus tôt le lendemain du jour de l'homologation administrative, ou à la date convenue si elle est postérieure. À cette date, l'employeur remet le solde de tout compte, le certificat de travail, et l'attestation France Travail. Le salarié peut s'inscrire au chômage.

Délai total de la procédure : environ 5 à 6 semaines entre la signature et la rupture effective, sans compter la phase préalable de négociation.

Questions fréquentes

L'employeur peut-il refuser ma demande de rupture conventionnelle ?

+

Oui, sans avoir à se justifier. La rupture conventionnelle suppose le consentement libre des deux parties, et aucune disposition légale n'oblige l'employeur à accepter une demande du salarié. Aucun juge ne peut imposer la signature. En cas de refus, vos options se limitent à : continuer à exercer votre poste, démissionner (sans droit au chômage sauf cas particuliers de démission légitime), ou prendre acte de la rupture aux torts de l'employeur si vous avez des griefs sérieux (procédure risquée, à préparer avec un avocat). Une nouvelle demande peut être tentée plus tard si la situation évolue — il n'y a pas de délai imposé entre deux demandes.

Quel est le montant minimum de l'indemnité de rupture conventionnelle ?

+

L'article L1237-13 du Code du travail impose un montant au moins égal à l'indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 de mois par année au-delà (article R1234-2). Si une convention collective ou un accord d'entreprise prévoit une indemnité de licenciement supérieure, c'est ce montant qui s'impose comme plancher. Le salaire de référence est le 1/12 de la rémunération brute des 12 derniers mois, ou le 1/3 des 3 derniers mois si plus favorable. Au-delà de ce minimum, tout est négociable. Pour les ruptures d'initiative employeur (l'entreprise veut faire partir le salarié), l'indemnité atteint souvent 2 à 4 fois l'indemnité légale.

Puis-je toucher le chômage après une rupture conventionnelle ?

+

Oui, c'est l'un des grands avantages de cette procédure. L'indemnité de rupture conventionnelle, lorsqu'elle ne dépasse pas le minimum légal ou conventionnel, ne donne lieu à aucun différé d'indemnisation chômage spécifique. Si l'indemnité dépasse ce minimum, un différé spécifique d'indemnisation est calculé (article 21 de la convention d'assurance chômage). Vous pouvez aussi être soumis au différé de congés payés (jours de CP versés en solde de tout compte). En pratique, l'allocation chômage commence en général 7 jours après l'inscription, à condition d'avoir 6 mois d'affiliation sur les 24 derniers mois (ou 36 si plus de 53 ans).

Combien de temps prend la procédure complète ?

+

Environ 5 à 6 semaines entre la signature de la convention et la rupture effective, sans compter la phase préalable de négociation qui peut durer de quelques jours à plusieurs mois. Le détail : entretien préalable obligatoire (au moins 1 jour entre la convocation et l'entretien, en pratique 1 à 2 semaines), puis signature de la convention, puis délai de rétractation de 15 jours calendaires, puis transmission à la DREETS qui dispose de 15 jours ouvrables pour homologuer, puis date de rupture (au plus tôt le lendemain de l'homologation). La date de rupture peut être différée si les parties le souhaitent — par exemple pour permettre au salarié de finaliser un projet.

Et si je change d'avis pendant la procédure ?

+

Vous pouvez vous rétracter unilatéralement pendant les 15 jours calendaires suivant la signature de la convention, sans avoir à justifier d'un motif (article L1237-13). La rétractation doit être notifiée à l'autre partie par tout moyen offrant date certaine — concrètement, par lettre recommandée avec AR. Passé ce délai, la rétractation n'est plus possible : la convention produit ses effets après homologation. Si vous changez d'avis après la rupture, vous ne pouvez plus revenir en arrière — vous devrez chercher un nouveau poste, y compris éventuellement dans la même entreprise via une réembauche distincte. À noter : la rétractation par l'une des parties éteint la convention dans son intégralité, même si l'autre partie souhaite la maintenir.

Quelle est la différence avec un licenciement à l'amiable ?

+

Il n'existe juridiquement aucune notion de « licenciement à l'amiable » en droit français. Toute rupture du contrat de travail relève de catégories légales précises : licenciement (à l'initiative de l'employeur, avec cause réelle et sérieuse), démission (à l'initiative du salarié), rupture conventionnelle (commun accord formalisé), ou prise d'acte (à l'initiative du salarié, avec griefs envers l'employeur). Une « rupture amiable » qui ne respecterait pas le formalisme de la rupture conventionnelle serait requalifiée par les prud'hommes — généralement en licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec toutes les indemnités correspondantes, à la charge de l'employeur. C'est pour cela qu'il faut impérativement passer par le formulaire CERFA et l'homologation DREETS, et non pas se contenter d'un courrier signé à deux.

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